
Il était rentré en Alba. Enfin, il était revenu au régiment. On l’avait accueilli comme un frère, écoutant à l’envie le récit de ses aventures. Il aurait pu se prendre au jeu, bomber le torse et se laisser bercer par sa légende. Seulement, au fond de son cœur, il ressentait un manque, un vide que tout l’orgueil du monde ne pouvait combler. Il lui manquait le principal, ce que les démons rejettent par vanité ; il lui manquait l’Amour, un sentiment incarné par le doux visage de Lorraine.
Il lui restait quelques mois à faire, un peu plus qu’escompté. Il avait pris ses ordres à l’état-major en revenant de son épopée. On lui avait laissé quelques jours pour souffler puis on l’avait renvoyé dans les plaines d’Alba participer à une action coup-de-poing, le genre d’opération qu’on confie au régiment de choc. Il aurait pu en être fier, être réjoui comme l’étaient ses camarades de tant de reconnaissance par l’institution de sa valeur martiale. Mais, il n’en était rien, car dans son esprit, la gloire militaire avait depuis longtemps cédé aux vagues à l’âme des amours perdues. Que de temps passé loin d’elle, se disait-il durant les longues marches qui rythmaient sa vie de soldat. À traîner ça et là, espérant la revoir pour comprendre enfin ce qui les séparait. Malheureusement, il connaissait déjà la réponse et cela le peinait. Car ce n’était que son entêtement qui les avait séparés et rien d’autre. Son obstination farouche de contredire le destin.(…)