
-C’est Ilion.
-Ouais.
-On l’a reprise aux Joyeux, il y a trois mois. Le drapeau de la confédération flotte sur l’hôtel de ville.
-Qu’est ce que tu veux que ça me fasse, Louis ?
-Je ne sais pas, Joshua. Ne ressens-tu pas une excitation particulière, un sentiment de sérénité, l’impression de faire partie d’un ensemble plus grand, de toucher l’Éternité ? lança Louis.
-Pas vraiment, non. J’ai froid, faim et je pue. La poussière…j’ai l’impression d’étouffer ; je suffoque. Je prendrais bien un bain chaud et des vêtements propres ; voilà ce qui me faudrait, mon commandant.
-Ah, t’es bougon, mon Joshua ! Entrer au pas du régiment, étendard déployé au vent, musique en fanfare sous les applaudissements de la foule ; ce n’est pas rien, lieutenant Joshua ; faut pas jouer les blasés. C’est une bataille importante à laquelle nous avons participé. Nous les avons mis en déroute, stoppé leur offensive. Ne me dis pas que tu aimes battre en retraite ?
-Non, je ne dis pas cela, Louis. Je dis seulement que je suis fatigué de tout ça.
-Ouais, on a besoin de repos surtout, conclut Louis.
Le régiment avait établi son campement à l’extérieur de la cité, à la lisière d’un bois que les combats précédents avaient grandement endommagé. Le front se trouvait à une soixantaine de kilomètres désormais, plus à l’ouest. Les hommes se reposaient dans des baraquements construits à la hâte, attendant des ordres qui ne venaient pas. Alors, rongés par l’ennui, sous le vent d’automne, ils se racontaient leur vie comme le font les marins entre deux escales. Joshua et Louis, ayant épuisé les jeux de cartes et d’osselets, discutaient dans le vide. Attendre, voilà la réalité de la vie de militaire ; une attente ponctuée de marches et de contremarches jusqu’à la prochaine bataille. Cependant, comme le destin des héros n’est pas de sombrer dans la routine, un évènement particulier les tira de leur léthargie ; une invitation du gouverneur. Louis l’a reçue en main propre de la part d’un serviteur à perruque. Il l’a parcourue, sourit de la proposition et alla en avertir le batelier. -Les affaires reprennent, Joshua. Le gouverneur nous convoque ce soir pour une affaire d’une extrême importance. Sors de ton coma, batelier.