2.4 Le Majorat

Le commandant scrutait la carte, tournant et retournant son esprit sur les contours imprécis d’une terre étrangère. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas revu sa terre natale et qu’il n’avait pas humé l’air iodé de son île. Cela lui manquait, mais pas autant que le sourire de sa femme et les piaillements de ses enfants. Ces sentiments pouvaient sembler convenus, un peu fatiguants même comme le sont les pensées banales que l’on récite sur le temps, les gens ou la nullité du gouvernement. Cependant, ils étaient bien réels et le commandant en souffrait au plus profond de son être, se demandant franchement ce qu’il faisait là.

Les plaines d’Alba s’étendaient au loin, tutoyant l’horizon sans fin. La guerre s’enlisait dans de tristes escarmouches à travers les dédales de ruisseaux qui irriguent les hautes herbes, rongeant le moral des soldats. Ses compagnons étaient sales, la peau recouverte de poussière, tannée par le soleil mordant du Vieux Sud. Ils faiblissaient comme lui, cherchant dans leur passé idéalisé des raisons de tenir. Une bourrasque s’engouffra dans la tente de commandement, balayant la carte autant que ses pensées maussades. Le commandant soupira, chercha dans son manteau sa fiole de liqueur.

Alors, une ombre entra, comme elles le font souvent lorsqu’une situation dure plus qu’il ne faut. Un homme d’une trentaine d’années s’invita dans la tente du commandant, une bouteille de liqueur à la main. Il l’ouvrit et en servit un verre au militaire de la manière la plus naturelle, comme s’ils étaient frères. Le commandant voulut dire quelque chose, mais ce fut l’homme qui s’exclama le premier :

-Vous êtes le commandant de cette unité ?

Laisser un commentaire

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close