
Louise Valdeck à Magalie D’Estée.
Chère amie,
Nous avons passé une excellente semaine auprès de ta famille dans le château de ton père. L’accueil fut délicieux, et nous nous sommes prises à rêver d’une vie tranquille et apaisée, loin des malheurs de notre temps. La fontaine aux huit cerceaux avec ces jeux d’eau et de lumière restera un merveilleux souvenir autant que les histoires fantastiques contées par votre père à l’ombre du grand chêne. Je ne saurai trop vous remercier pour ces moments-là qui nous permirent de goûter à ce que fut le grand siècle, celui de la Margravie, quand la bonne société vivait au rythme des saisons, des fêtes et des moissons.
Seulement, comme vous le savez, ma chère baronne, notre monde se meurt et d’ignobles individus avec qui j’ai malheureusement collaboré projettent de réduire ce qui est encore beau dans notre humanité pour la conduire dans les abysses. Nous avons longuement discuté de cela avec votre père, alors je ne m’y attarderais pas. Néanmoins, sachez, chère baronne, qui si j’ai pris part à la construction de ce que vous appelez les losanges, je n’approuve pas l’utilisation que l’on en fait. Ils ont été construits pour réenchanter notre monde, pour le sortir du matérialisme athée dans lequel il sombrait. En aucune manière, ils ne devaient devenir ces machines à tuer, ces pièges mortels que l’on tend aux aventuriers. Votre père était d’accord avec moi et m’a assuré que la harpie qu’il a mise au point est plus une compagne destinée à impressionner les villageois qu’autre chose. J’espère que vous partagez son point de vue car j’ai une proposition à vous faire.