1.8 Le monde contre soi

Et le soleil s’écrasa sur sa tête,

Cela faisait un moment, un long moment qu’il marchait seul dans la steppe immense du pays de Bah. Joshua ne comptait plus depuis longtemps, se révélant incapable de distinguer une rocaille aride d’une autre. Le même paysage se succédait invariablement, discrètement, sans faire le moindre esclandre comme si cette longue monotonie était un prélude indispensable pour accepter la mort. Etais-ce donc cela l’Enfer des anciens, s’interrogeait-il dans ce vide écrasant. Le soleil l’écrasait de sa chaleur scintillante, brûlant ses yeux, l’obligeant à fermer ses paupières et le contraignant finalement à une nuit artificielle s’il voulait sauver sa vue. Il avait espéré, vraiment, il s’était dit cela, être la proie d’un quelconque mirage. Il aurait voulu que la chaleur de cette fichue steppe le rende fou et qu’il croise en songe la personne pour laquelle il faisait tout cela. Il aurait voulu voir Lorraine et lui parler une dernière fois, mais ce désert maudit, par pure cruauté lui refusait ce petit bonheur, cette cigarette du condamné.

Il cligna de l’œil et aperçut un misérable rocher, première protubérance dans cette plaine miroir. Joshua s’y précipita, espérant y trouver un peu d’ombre. Son arrivée précisa la nature du rocher. Ce n’était pas un vulgaire caillou déposé par une nature facétieuse, mais un calvaire, la marque de l’homme pour célébrer un souvenir passé. Joshua voulut en rire mais sa bouche était trop sèche ; il se contenta de lire l’inscription en lettre d’or sur le caillou taillé :

Ici se déroula la bataille d’Irène opposant les troupes de la Margravie commandées par le Comte Maximilien Dumorier contre celle du Séhisha chef suprême des cités tribus lors de la guerre de la Grande Charte. Soixante-dix mille combattants périrent et le Mal fut vaincu.

-Je suis nulle part, dans le pays de Bah. J’erre depuis des jours et me voilà au milieu d’un charnier, lança Joshua au ciel azur. Ils avaient l’habitude de donner un nom de femme à leur bataille…ahaha. Je vais graver la mienne, elle s’appellera Lorraine et je mourrai ici auprès de tous ces pauvres gens.

Joshua voulut saisir un caillou et graver quelque chose, mais il était trop faible. Il s’effondra alors au pied du calvaire, l’esprit brûlé par le soleil ; mourant. (…)

 

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