Un-deux, un-deux-trois, un-deux, un-deux-trois. Voilà la symphonie des gouttes, leur chant. J’en ai pris le rythme à défaut d’autre chose.
Joshua, suspendu, les poignets entravés par de lourdes chaînes, distrayait son esprit meurtri par la chanson de cette légère fuite. Une goutte d’eau tombait à intervalle régulier du plafond, il l’avait observé longtemps et en avait déduit une symphonie, une valse à cinq temps. Voilà toute la distraction que lui proposait ce cachot humide dans lequel il moisissait depuis trois jours. Cela valait mieux que les rats, enfin, c’est ce que le rôdeur se disait lorsque les cliquetis devenaient trop insupportables. Un bruit, un nouveau, fit soudain son apparition, celui d’une clef dans une serrure. La porte s’ouvrit, plongeant le rôdeur dans un halo de lumière qui l’aveugla. Un homme ricanant s’avança vers lui, libérant ses poignets de l’entrave. Il conduisit le rôdeur titubant vers une table, le fit assoir et lui donna un repas. Joshua repoussa l’assiette et fixa son interlocuteur dans les yeux. Celui-ci sourit à nouveau, puis s’exclama :
-Si on reprenait tout du début, rôdeur, si on voyait comment tu as pu atterrir ici.
Joshua acquiesça silencieusement, le récit de son histoire pouvait commencer. (…)
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